FairTrasa - Portrait Complet
Patrick Strübi : Portrait d’un homme d’affaires qui veut changer le monde !
Nous passons une nuit dans le bus pour aller à Uruapan, petite ville au cœur des montagnes mexicaines où nous rencontrons un entrepreneur pas comme les autres. Après avoir été expert-comptable chez Deloitte, Patrick Stübi travaille pour un géant de l’industrie minière, « Glencore ». C’est un homme d’affaires important qui voyage à travers le monde en classe affaires et hôtels de luxe. Il gère des projets pesant des milliards de dollars un peu partout dans le monde.
Membre d’un conseil d’administration qui gère 3 mines au Pérou, il doit se charger d’une « restructuration » comme on dit dans le milieu des affaires… Après une nuit de sommeil difficile, il prend conscience qu’il ne peut plus continuer comme ça. « L’argent gagné grâce à la restructuration revenait directement à la maison mère afin d’enrichir des actionnaires déjà multimillionnaires. ». Il faut choisir : rester ou prendre un nouveau départ !
Au petit matin il fait ses valises, remercie la société pour laquelle il travaille et achète un aller-simple pour le Mexique, un des rares pays qu’il ne connaissait pas encore…
Il prend le temps de réfléchir, reprend des études mais ressent vite le besoin de se remettre en action. « Quels sont mes points forts ? » se demande t-il. Le commerce international, c’est ce qu’il aime, là où il excelle !
Il se rend compte que les principaux problèmes des petits producteurs sont le manque d’accès aux marchés internationaux, une mauvaise connaissance de leurs coûts de production et une méconnaissance des tendances des marchés.
Son attirance pour le commerce équitable, système permettant de régler en grande partie ces problèmes, et les difficultés d’une petite entreprise d’exportation d’avocats vont alors devenir les deux ingrédients de la nouvelle vie de Patrick.
Susanna et Rewi Illsey sont les pionniers de l’exportation d’avocats au Mexique. Fondée en 1982, leur entreprise fait alors travailler plus de 200 personnes. Malheureusement, plusieurs importateurs vont simultanément faire faillite, laissant derrière eux des créances s’élevant à plus de 450 000 dollars, et obligeant Susanna et Rewi à mettre la clé sous la porte en 1992. Ils se lancent alors dans le commerce de bois de teck afin d’éponger leurs dettes. Cet objectif est atteint en 2003 quand il rencontre Patrick.
A cette période le commerce équitable connaît un fort succès, les chiffres européens sont clairement à la hausse. L’association Fairtrade Labeling Organisation (FLO) qui recensait 221 producteurs en 2001 en compte plus de 590 répartis en Afrique, Asie et Amérique Latine. Le marché des produits équitables est passé de 831 millions d’euros en 2004 à 1,1 milliard l’année suivante … soit 37% d’augmentation. C’est un terrain fertile où Patrick compte bien placer les avocats provenant de cette petite ville de l’ouest mexicain.
Le principe du commerce équitable est simple. Producteurs et exportateurs doivent être certifiés. Les seconds versent aux premiers un prix minimum ainsi qu’une prime sociale qui servira à la communauté. L’objectif est d’apporter une meilleure rémunération aux petits producteurs.
Le system FLO permet aux producteurs d’avoir un prix minimum assuré tout au long de l’année ainsi qu’une prime sociale équivalente à 10 % du prix payé. Cette prime est versée à la communauté afin de faire un investissement commun, qui bénéficiera a l’ensemble de la population (école, crèche, puit)
Patrick réussit à faire certifier ses avocats auprès de FLO, convainc Susanna et Rewi de revenir dans le commerce des avocats et commence l’aventure FairTrasa (Fair Trade South America).
Patrick est aux commandes derrière son ordinateur, connecté en permanence aux marchés mondiaux, à la fluctuation des taux de change et aux importateurs alors que Susana et Rewi remettent sur pieds leur réseau de petits producteurs. La coopérative qui comptait alors 19 producteurs en compte aujourd’hui plus de 500 et devient un acteur sérieux sur les marchés internationaux. Ces marchés, où il a grand espoir pour ces avocats, Patrick ne les connaît que trop bien.
Le but de FairTrasa est aussi d’augmenter la connaissance des petits producteurs et de leur faire prendre conscience de leurs forces. Patrick leur offre, par ailleurs, un service de préfinancement des récoltes qui leur permet de mieux planifier leur année. Grâce à cet accès aux marchés internationaux et ses nouveaux outils de gestion, leurs revenus augmentent. Ils peuvent envoyer leurs enfants à l’école et se permettre une meilleure couverture santé. Leurs comportements évoluent envers leur métier et il peuvent transmettre leurs savoir faire à leurs enfants qui eux aussi pourront vivre décemment sur l’exploitation.
Une pratique courante au Mexique était de vendre sa production à des « Coyotes ». Ces acheteurs mal attentionnés viennent directement a l’exploitation et proposent aux producteurs d’acheter leurs récoltes en cash immédiatement mais à un prix très bas. Les producteurs, n’ayant qu’une vague idée du marché et de leurs coûts de production, se laissent souvent tentés par l’appât immédiat du gain. « Hier un coyote m’a proposé un prix inférieur de 40% à celui de FairTrasa ! »
C’est ainsi que nous rencontrons Alfredo qui est parti clandestinement, comme beaucoup, aux Etats-Unis pour trouver du travail. Il travaillait sur les chantiers et gagnait 15 dollars de l’heure, ce qui lui permettait de vivre et d’envoyer de l’argent à sa famille. La ferme de ses parents étant sur le point de péricliter, il rentre à Uruapan, rencontre la coopérative de Patrick et reprend espoir. Grâce au revenu assuré par Patrick, il peut décemment envisager de vivre ici, de reprendre l’exploitation, d’agrandir la maison et d’apporter une éducation à ses enfants. « Aujourd’hui, je peux mieux planifier ma production, je sais que j’ai un client et que je peux compter sur un prix minimum ».
FairTrasa n’est encore qu’une petite structure avec 10 millions de dollars US de chiffre d’affaires. Cependant, elle est gérée comme une vraie Holding. Le siège social se trouve à Zurich pour faciliter les transactions et le bureau mexicain est une filiale. Patrick achète des « options » pour se couvrir des fluctuations des cours de change et son expérience sur les marchés l’aide à rapidement se faire une place auprès des importateurs.
Parmi les produits exportés par la coopérative, on trouve des avocats mais aussi des pamplemousses et bientôt des mangues. C’est plus de 20 tonnes d’avocats qui tous les mois quittent l’usine d’Uruapan pour finir dans les assiettes des consommateurs européens et américains, consommateurs qui ne peuvent plus se passer de la saveur des produits FairTrasa.
Mais le système FLO présente néanmoins quelques limites selon Patrick :
- pas de certification pour les produits ne justifiant pas d’un marché international conséquent,
- peu de flexibilité sur le prix minimum, aujourd’hui prix fixé pour plusieurs années, face à des marchés qui fluctuent tous les jours,
- règlementations pour être certifié assez lourde et ne prenant pas compte des spécificités locales,
- temps de certification très long pour les produits.
Mais Patrick a plus d’un tour dans son sac. C’est ainsi qu’après trois ans de négociation, il réussit à faire certifier les premiers pamplemousses commerce équitable.
Dans la même dynamique, après deux ans de bataille, il lance le premier vin Fair Trade, qu’il produit dans la vallée de Mendoza en Argentine.
Patrick a trouvé sa voie utilisant ses meilleurs atouts pour redonner un espoir à tous ces petits producteurs. A entendre l’étendu de ses projets, il est clair qu’il ne compte pas s’arrêter la !